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Alain Bridault, ORION coopérative de recherche et de conseil
Le concept d’entreprise intelligente
Dans le domaine de la gestion des entreprises, les modes se succèdent. Modes au féminin, dans le sens d’une mode. Dans les années quatre-vingt, les grands «gourous » de la gestion ont lancé la mode de la diversification puis celle de la Gestion de l’excellence. Les années quatre-vingt-dix ont sans contexte était dominée par la mode de la « Qualité Totale », un concept assez fumeux que j’avais surnommé alors la « Vanité Totale ». Au tournant du millénaire, le concept de « bonne gouvernance » s’est imposé, surtout après la vague des grandes faillites frauduleuses aux Etats-Unis. C’est un concept porteur, mais qui n’englobe qu’une partie de ce que recouvre la gestion d’une entreprise, sa direction stratégique.
Aujourd’hui, et de plus en plus, un nouveau concept émerge qui m’apparaît beaucoup plus porteur d’avenir, celui de l’« entreprise intelligente ». Ce concept d’entreprise intelligente m’apparaît plus porteur que les autres dans la mesure où il centre la gestion de l’entreprise sur la principale ressource sur laquelle elle peut fonder sa réussite, les femmes et les hommes qui la font vivre. L’émergence de ce concept d’entreprise intelligente dans les grandes entreprises capitalistes est en fait la réponse, et la seule réponse possible pour ces entreprises, à l’explosion de la concurrence internationale résultant du processus de mondialisation, surtout de celle qui provient des deux nouveaux grands « dragons » de l’économie-monde, la Chine et l’Inde. Les entreprises nord américaines et européennes ne peuvent pas et ne pourront pas concurrencer l’énorme avantage compétitif dont bénéficient les entreprises chinoises et indiennes du fait des bas salaires de leurs employés. Elles devront, soit robotiser au maximum leurs chaînes de production, ce qui exige d’énormes capitaux, soit carrément abandonner la production de masse des produits qu’on trouve chez les Wal-Mart et autres Dollorama pour se spécialiser dans des niches de produits et de services de hauts de gamme. Or, ces produits et services de hauts de gamme sont des produits et services à « forte intelligence ajoutée ». Cette intelligence, c’est celle de leurs employés.
Il y a de cela pas plus de vingt ans, dans les entreprises industrielles, l’intelligence au travail n’était requise que pour les cadres et dirigeants. Aux ouvriers, on ne demandait que leur obéissance aveugle et leurs bras, surtout pas leur intelligence. L’approche actuelle, que résume bien ce concept d’entreprise intelligente, est un revirement complet d’attitude. Les cadres responsables de la gestion des ressources humaines, qui étaient auparavant les cadres les moins valorisés dans leurs entreprises, sont maintenant devenus les cadres les plus importants.
L’énorme potentiel d’intelligence des coopératives de travail
Les entreprises capitalistes expérimentent actuellement toutes sortes de nouvelles pratiques de gestion de leurs ressources humaines pour mieux mobiliser leur intelligence. Mais sur ce point, elles ne peuvent pas véritablement rivaliser avec les coopératives de travail, puisque nos coopératives sont, par nature, vouées à être des entreprises intelligentes car elles sont, dans leur essence même, des entreprises au service de leurs employés membres.
Je dis que les entreprises capitalistes ne peuvent pas rivaliser d’intelligence avec les coopératives de travail, mais cela dépend de la capacité de ces coopératives à comprendre et à fonder leur réussite sur leur principal avantage compétitif, l’intelligence de leurs travailleurs membres. L’originalité fondamentale de la coopérative de travail fait que cette formule entrepreneuriale est, de loin, la mieux adaptée aux enjeux et défis de la compétition sur les marchés du XXIe siècle. Mais elle ne l’est que dans la mesure où on sait se servir de cet avantage compétitif, où on sait développer et mobiliser l’intelligence des membres.
Développer l’intelligence des membres travailleurs signifie investir dans leur formation. Je dis bien investir. La formation n’est pas un luxe qu’on s’offre quand on en a les moyens, mais un investissement stratégique incontournable dans une coopérative de travail. Cette formation des membres devrait toujours comporter trois composantes : la formation à la vie démocratique, la formation économique des membres et la formation professionnelle.
Mobiliser l’intelligence des membres, signifie enfin, après avoir investi dans ces trois formations, apprendre à enrichir le fonctionnement de l’entreprise, dans tous ses domaines, par ce surplus d’apport d’intelligence des membres à leurs postes de travail, dans l’organisation du travail, etc. Cela se fait notamment en utilisant des méthodes et techniques de gestion participative, en informant, consultant et impliquant les membres travailleurs.